De moins en moins de médecins se déplacent chez les patients et les nombreux déserts médicaux privent 10 % de la population des services d’un médecin traitant. Alors dans ces régions où les patients ne peuvent plus aller chez le médecin, c’est le médecin itinérant qui vient à eux.
Plusieurs initiatives de médecine itinérante ont vu le jour pour lutter contre les déserts médicaux. Financé par l’État, l’ARS Nouvelle-Aquitaine, l’Assurance maladie de la Haute-Vienne, le MSA et la Communauté professionnelle territoriale de santé, le Medicobus, un camion transformé en cabinet médical, sillonne depuis avril dernier les routes pour proposer consultations et examens médicaux dans cette région très touchée par la désertification médicale. Des consultations de gynécologie avec une sage-femme sont également proposées. Dans l’Aisne, deux camions PMI effectuent des consultations pédiatriques itinérantes pour le suivi des tout-petits.
Une solution d’appoint
En Lozère, un infirmier et un médecin retraité se rendent un jour par semaine dans quatre communes lozériennes à bord du médico-bus mis en place par l’association Lozère Avenir Santé. « La situation est telle que toutes les solutions peuvent apporter du mieux, estime Élodie Repole, présidente de l’association. Mais, dans notre cas, cela ne peut pas remplacer le médecin traitant car le bus ne vient qu’une fois par mois sur chaque site. » En revanche, dans le Cher, le Conseil départemental a lancé un cabinet itinérant en juillet 2023 pour pallier l’absence de médecin traitant. Le cabinet médical itinérant s’adresse aux personnes n’ayant pas de médecin traitant, avec suivi des maladies chroniques ou en ALD [affection de longue durée]. Il se déplace 3 jours par semaine dans les petites communes où il n’y a pas de médecin généraliste à moins de 20 kilomètres ou de 20 minutes en voiture, et cela ne manque pas puisqu’il n’y a dans le Cher que 56 médecins pour 100 000 habitants. Le chauffeur est aussi le secrétaire de ce cabinet médical itinérant. Le médecin reçoit les patients dans la partie aménagée. « Les patients sont contents parce qu'ils voient enfin un praticien, raconte le docteur Géraldine Servant. Les consultations durent 20-30 minutes, on reprend tout le dossier. On prend le temps d'écouter chacun. » C’est bien là tout l’enjeu de la médecine itinérante : voir les patients en chair et en os. Des unités mobiles de télémédecine (UMT) sont en cours d’expérimentation dans différentes régions, mais médecin et patient restent chacun de leur côté de l’écran. Le médecin itinérant, lui, va à la rencontre des patients.
Des médecins au profil atypique
Les médecins retraités actifs continuent à exercer tout en rendant service et en gardant du lien social. Certains le font bénévolement. Les médecins généralistes jeunes y trouvent un mode de vie plus souple, qui évite la routine et donne du sens à leur pratique, à l’instar de ce couple qui a décidé de faire un tour des France des remplacements : Anaïs Werestchack est médecin généraliste ; Brice Philippon est kinésithérapeute. « Ça permet d'acquérir de l'expérience, de voir différentes maisons de santé, différents cabinets, différents fonctionnements aussi. Le fait d'être dans des territoires isolés complexifie un peu la chose et permet de gagner en expérience », explique la jeune docteure. Si tous deux travaillent en libéral dans les cabinets et les maisons médicales, d’autres médecins itinérants font le choix du salariat : ils sont recrutés par des hôpitaux, les ARS, les collectivités ou les associations. Toutefois, le médecin itinérant reste une exception dans la profession, même s’il n’existe pas de chiffres officiels recensant leur nombre total en France, car ils interviennent sous des formes très variées : médicobus, cabinets mobiles, rotations dans des centres de santé, remplacements dans des zones isolées. On peut néanmoins dégager un point commun : tous sont des médecins engagés !
Les médecins, bientôt tous sur les routes ?
Le projet de loi qui doit permettre de lutter contre les déserts médicaux propose notamment d'imposer deux jours par mois de consultations dans les zones prioritaires. Tous les médecins deviendraient ainsi de facto itinérants. Une perspective qui ne réjouit pas la profession, qui a entamé des actions de grève. On ne connaît pas à ce jour les modalités. « Il y a des Français qui n’arrivent pas à avoir un médecin. À partir de là, la première chose qui va être faite avec les agences de santé, avec les préfets, avec les élus, c’est une cartographie pour déterminer précisément, bassin par bassin de vie, communauté de communes, ou intercommunalité, où sont ces endroits », a précisé la ministre Catherine Vautrin.
Source : Bonne Santé Mutualiste